« Ah, cette histoire-là, mes p’tits… elle s’passait dans les temps anciens, quand l’Ouest était encore sauvage, et quand même les bisons prenaient l’charbon pour du caviar, juste parce que c’était rare. Un homme nommé Lucky Leroy foula la terre poussiéreuse de ce pays, mais c’était pas un cow-boy ordinaire, non… on disait qu’il était né avec une carte d’as dans la main gauche et un dé pipé dans la droite.

Ce bon vieux Leroy avait la réputation d’avoir le diable au corps. Il ne voyait jamais la porte d’un saloon sans qu’un piano se mette à jouer tout seul et qu’un chien errant ne se joigne à lui. Un jour, voilà qu’il entend parler d’une mine d’or… Une mine, qu’on disait, maudite ! Les rumeurs racontaient que chaque prospecteur qui y mettait le pied était victime de choses si bizarres qu’on en devenait vert et qu’on se mettait à piailler comme un dindon.

Alors, sans un sou en poche mais avec une tête pleine d’idées et un ventre vide, Leroy décide de tenter sa chance. Il enfourche son cheval, un vieux canasson borgne et boiteux nommé Canard. Un nom bizarre pour un cheval, mais Canard était le seul canasson qui savait faire demi-tour sur place à la moindre odeur de bandit.

Sur la route, Leroy fait halte dans une ville minuscule, une ville qui aurait pu tenir dans un crachoir de saloon. C’était pas grand, mais y’avait un shérif là-bas qui, disait-on, n’avait pas de mains. Il avait perdu ses deux mains dans un duel, et les remplaçait par deux colts fixés à des attaches d’acier. Le shérif, il pouvait pas saluer, mais il dégainait en moins d’une demi-seconde ! ‘Salut, étranger !’ dit le shérif en levant ses armes en guise de bonjour. Lucky Leroy le salue en levant les yeux au ciel.

Finalement, il reprend la route et arrive à la fameuse mine, tout seul avec Canard. La première chose qui frappe Leroy, c’est un étrange silence. Aucun bruit, sauf son cœur qui bat un peu vite, il faut l’dire. Soudain, une voix sortie de nulle part résonne dans l’obscurité : ‘Si tu veux de l’or, c’est d’accord, mais d’abord… tu devras chasser le Croqueur de poussière.’

Le Croqueur de poussière ! Une créature légendaire, mi-singe, mi-serpent et re mi-singe derrière, à la langue aussi longue qu’un fouet et qui raffolait de la poussière d’or. On disait qu’il apparaissait en pleine nuit, et qu’il aspirait la poussière comme un aspirateur de l’enfer.

Leroy, ni une ni deux, sort son harmonica, parce que c’était son arme préférée après le colt, et se met à jouer une mélodie bizarre, un peu comme si le piano d’un saloon avait décidé de se lancer dans l’opéra. Pas de chance pour lui, le Croqueur de poussière sort de la grotte, les yeux luisants, et sa grande langue se met à claquer comme un fouet. Mais ce qu’il savait pas, le Croqueur, c’est que Lucky Leroy portait un peu de poudre de piment dans ses poches. Il en balance une pincée dans les yeux de la bête qui se met à tourner sur elle-même en piaillant.

Leroy en profite pour attraper tout l’or qu’il peut trouver, mais voilà qu’il trébuche sur une taupe qui passait par là, et toute la poudre d’or vole en l’air. En quelques secondes, le Croqueur aspire la poussière d’or et repart dans la grotte, tout content.

Leroy, lui, il reste là, couvert de poussière mais sans un gramme d’or à rapporter. En rentrant au village, il passe encore devant le shérif aux mains de fer, qui le salue de ses colts, et quand il arrive au saloon, les gens éclatent de rire en le voyant couvert de la tête aux pieds de poussière dorée. On l’a surnommé depuis Leroy Poussière d’or. Il a jamais trouvé l’or, non, mais il avait bien fait rire la ville. Ça vaut quelque chose, non ?

Et c’est depuis cette nuit-là que Lucky Leroy se balade avec une vieille bouteille vide remplie de poussière de cette mine maudite. ‘Pour se souvenir’, qu’il dit. »

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